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Trad."SPACE AGE BACHELOR" (Canada) - Printemps 98
Ce premier album américain du groupe français Double Nelson est l'un des trucs les plus étranges
(à donner la chair de poule) que j'aie entendu ces derniers temps. Les sons de cet album sont de ceux que l'on entendrait au cours d'une équipée sauvage dans les égouts ; les voix, elles, chantent à la manière d'un fumeur trachéotomisé, tandis que les rythmes sont autant de versions post-futuristes d'un dub "lo-tech" un peu crade à la surface duquel dérivent des nappes spatiales de synthé : rien de surprenant quand on sait qu'ils ont composé des bandes-sonores de films de science-fiction.
 
Trad. "MAGNET" (U.S.A) - Juil. 97 - Gil GERSHMAN
Un disque devrait être une aventure. Malheureusement peu le sont. Mais les très tordus français de Double Nelson vous jettent dans une bathysphère et vous immergent au plus profond de l'océan, là où même le Capitaine Nemo n'a jamais osé s'aventurer. La folle distorsion de scie circulaire de "Le Tyrolien" contient tout le sentiment d'horreur et la désorientation de la plongée. Puis on détache ses mains des parois métalliques pour risquer un regard sur ce nouvel environnement. Autour tout est noir comme de l'encre, sinistre, seules des trainées bioluminescentes donnent leur lumière bleutée aux profondeurs. Le coeur bat, les jambes tremblent inutilement et il est impossible de murmurer autre chose que du charabia. Il y a des chances pour que, à cet instant précis, "Le Prom'neur" soit en train de marteler vos tympans avec obstination. Alors que la respiration se ralentit et que les yeux s'habituent progressivement à l'obscurité, des créatures étranges remontent en nageant vers le vaisseau dans lequel nous avons pris place. Elles sont aussi bizarres que leur environnement dénué de soleil, des ombres aquatiques presque invisibles qui disparaissent avant que vous n'ayez eu le temps de distinguer leurs silhouettes. La plupart sont énormes et ont des formes grossières, mais elles dérivent devant le hublot sans mauvaises intentions, comme des zeppelins subaquatiques dépourvus de gouvernail et sans but.
La palette de la nature a accordé peu de couleurs à ce royaume, et on souhaiterait que tout ne soit pas aussi sombre. Pourtant, on peut difficilement s'ennuyer devant 68 millions de tons de gris. Qui a besoin de leçons de plongée ? Après ce fascinant album, la réalité semble bien terne et redondante.
 
"BLAH BLAH" (France) - Fév. 97
Les Double Nelson viennent de sortir leur quatrième album, sans doute le plus abouti à ce jour. D'entrée de jeu, "Le grand cornet" nous fait froid dans le dos, comme une véritable plongée dans l'univers de l'angoisse avec ses souffles, ses râles, ses bruits de gouttes d'eau sur le bord de l'évier, ses pas sur le gravier. Tout crisse, grince et dérape vers les territoires de l'étrange, pour ne pas dire de la peur. Le trio nancéen conjugue avec talent les influences indus, trip-hop, techno et punkcore pour tisser une bande son à l'atmosphère unique où viennent se greffer percussions métalliques, voix trafiquées et autres sons surprenants.
Leur musique est surtout construite avec intelligence et prend le parti d'un son aux riches couleurs du plaisir et de l'humour. Derrière le chaos, il y a l'ordre et la rigueur, derrière la violence, la sensualité.
Cet album est un étonnant exercice de style qui va en surprendre plus d'un.
 
"LES INROCKUPTIBLES" (France) - Déc. 96 - René GUYOMARC'H
Ce disque a quelque chose de primitif et, abstraction faite de la technologie déployée pour son enregistrement, diffuse une ambiance de brutalité savante et de chaos préhistorique. Il y a des mâts arrachés dans la tourmente, des lumières qui s'allument et s'éteignent, des ampoules qui explosent, des pas lourds dans des flaques de purin, des confessions d'assassins, des éviers qui se débouchent dans de grands effluves auditifs, d'insupportables larsens et un roulis persistant. "Le grand cornet" fonctionne comme le gros estomac qu'il est en argot, il digère certaines choses goulûment et refuse catégoriquement d'en assimiler d'autres. Avec l'humour du dentiste étourdi qui n'a pas su renouveler sa commande d'anesthésiants, Double Nelson bidouille sadiquement ses musiques, vous les enfourne cruellement entre les oreilles et les y abandonne le temps
d'un quartier libre dévastateur.
 
Trad."BUNNYHOP" (U.S.A) - Juil. 97
Des boucles stroboscopiques qui vous laissent sur le carreau
et ensuite se rient de vous !
 
"RAGE"(France) - Fév. 97 - Philippe ROIZES
En quatre albums, Double Nelson, trio nancéen à géométrie variable, a exploré plus de territoires que d'autres en une pleïade d'albums. La classe ! Seulement voilà, trop vieux pour le rock'n roll, pas assez in pour les faiseurs de courants, on leur a plus souvent apposé l'étiquette de loser que celle d'outsider. "On s'est bien habitué au fait de ne pas avoir de vrai succès commercial", répond sereinement Casimir, le bassiste, avec la gouaille commune à tous les membres très humbles de Double Nelson. Pourtant, le trio a toujours su se démarquer du rock bête et méchant, de l'alternatif flon-flon et du métal new look et chercher du côté des bruits incongrus et des ambiances papier de verre. "Le grand cornet", c'est le titre déconcertant du nouvel album. "Dans notre région", explique Elle, "un cornet c'est quelqu'un qui ingurgite tout ce qui peut être ingurgité, un jouisseur ; nous sommes tous les trois des cornets : je mange hyper souvent, Casimir fume à donf et Pascal picole." L'hédonisme est donc le maître-mot de cette nouvelle phase sombre mais ludique, une sorte de white dub sacrément détourné qui grouille dans les enceintes. Pas si étonnant puisque le trio déclare apprécier, pêle-mêle, la musique africaine, Ween, P.I.L, Boredoms, Big Black, la techno excessive du berlinois Captain Space Sex. "Entre deux albums, on écoute beaucoup de choses", explique Pascal le guitariste, "et pendant un enregistrement, on se recentre sur nous-mêmes". Basses rebondissantes, sons inventifs qu'on n'imaginerait pas recyclés dans une composition, rafales de saturation, claustrophobie flottante, rythmes soutenus, voix travesties, instrumentaux et textes prétextes, objets de récup...
Double Nelson réorganise finement un joyeux merdier de rebuts.
 
"RAGE" (France) - Fév. 97 - Philippe ROIZES
Totalement méconnu, ignoré et méprisé, Double Nelson emprunte pourtant depuis de nombreuses années un parcours atypique, personnel et original. Voilà pourtant des qualités qui devraient leur prêter main forte. Entre rock tordu et manipulations totalement libres de machines apprivoisées, ce groupe de Nancy appartiendrait sans peine à la famille des Ministry et autres Nine Inch Nails s'ils étaient américains et bien signés. Le sort en a voulu autrement ! Reste que, pas découragé, le groupe continue à égrainer ses albums jouissifs aux ambiances nocturnes, torturées et ludiques. De prime abord, difficile de mixer les deux premiers éléments avec le troisième. C'est pourtant chose faite en privilégiant souvent une phrase musicale simple parasitée par toutes sortes d'interventions bruitistes et portant des voix distantes ou littéralement habitées. Il faut certes faire un petit effort pour se laisser pénétrer par l'univers de Double Nelson qui ne s'est pas bâti sur le recette du rouleau-compresseur et du refrain accrocheur. Là, c'est plutôt un mélange de basses dodelinantes, de bruits de ville, de parasitages radio, de créatures nocturnes, de pédales d'effets, de heurts métalliques et de tous les bruits incongrus qu'on peut faire sous l'eau. Sans doute l'un des groupes les plus intéressants de France.
Du fond du coeur, merci !

"LONGUEUR D'ONDES /web" (France) - Jan. 97 - Vincent MICHAUD
Nécessairement un groupe hors normes se doit d'étonner, voire de détonner. Depuis dix ans, Double Nelson est de ceux-là. Insaisissables et cabalistiques, ils délivrent galettes après galettes des extraits de leur mode bizarroïde en perpétuel renouvellement. Sitôt croit-on les avoir rangés dans un registre punk-rock synthétique qu'ils se plongent dans un univers électro-expérimental. Lequel regorge de gargouillis et autres tremens
au flou artistique peuplant une musique hybride. Pourtant dans "Le grand cornet" ne figure aucun morceau génial mais plutôt un ensemble qui prend tout son sens dans la continuïté. Double Nelson oblige l'auditeur boulimique (Cornet = personne excessive dans tout ce qu'elle ingurgite) à plus d'attention, sous peine de déconnection.
Et dans notre civilisation ultra-pressée, nul ne s'en plaindra.
 
"V.K.S /Zine"(France) - Déc. 96 - DRAKUS
Quatrième volet des aventures du vaisseau Double Nelson dans la dimension du patchwork bruitiste. Espace temps point 5150 immensité sonique dans laquelle voyage le vaisseau D.N. Evoluant, explorant l'infini sonore sans vergogne, le tout avec une facilité déconcertante. Mais quel est leur carburant ? A quoi marchent-ils ? La réponse est simple : de l'anti-pop mélangée au stress urbain, aux percussions métallico-oppressantes. Des chuchotements et grognements plaintifs au chaos, lacérant les neurones et faisant grincer les viscères. Ambiance cramoisie d'obscures soirées aux mets douteux et délicats. Hallucinations sonores teintées d'émulsions industrielles. Elan sensoriel, les machines en deviennent chaudes, humaines !... L'ère cyborg, transistors dans les chairs, les organes sensoriels en alerte constante, essayant de capter tous les samples... L'ultime patchwork, c'est çà ce disque ! Gargouillements, bruitisme, grosse basse tordue ennivrante. Ambiance et climats ont rarement été aussi poussés ! L'ensemble en reste très sobre, la présentation est soignée. On a même droit aux paroles à l'intérieur, cool ! De toutes façons, il n'y a que çà, ne cherchez pas les noms et autres remerciements, rien d'autre ! Mais il y a quand même leurs fratz à ces petits jeunes ! Le premier morceau remet tout en place. Un rythme basse lancinant, entraînant, envoûtant, ... la ... lalali... lalala... lalali... et d'un coup c'est le caillon ultime ! Cloués sur place vous serez !! Il y a rien à foutre les D.N ont un truc. C'est indéniable. You know what ! ...
 
"ROCK SOUND" (France) - Déc. 96 - Frank FREJNIK
Il n'y a aucune raison de laisser les nancéens de Double Nelson sur la touche. A l'heure où la majorité des groupes français ont tendance à sonner comme leurs voisins il est appréciable de tomber sur un groupe aussi particulier. A quoi bon leur attribuer une quelconque étiquette musicale ? Ce serait trop difficile et surtout inutile. Des ritournelles enfantines torturées en plages sonores bruyantes et dévastatrices, leur monde musical est en perpétuelle mutation, comme si chacun de leurs morceaux avait été exposé à des radiations nucléaires dont on ne saurait l'issue finale. "Le grand cornet" met à contribution toutes les expériences du groupe depuis 1986 (composition de bandes-son pour des court-métrages, collaborations avec des groupes africains, réalisation d'une pièce radiophonique ...), ce qui se traduit par ces quarante-cinq minutes sombres et menaçantes. La structure des morceaux reste simple et dépouillée malgré la multitude de boucles hypnotiques, d'accroches répétitives, de rythmes tribaux ou syncopés, de collages bruitistes présents tout au long de cet album. Une mécanique bien huilée qui peut parfois évoquer les parcours sinueux des Residents, de Pig Face ou des Butthole Surfers. Moins arty mais plus brut que Bästard ou Ulan Bator,
Double Nelson n'en reste pas moins très intéressant pour ceux qui ont les oreilles (encore) ouvertes.
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