Devant
mon incapacité, mon manque total de volonté, les
habitants du village décidèrent que je serais le
policier. Ne sachant par où commencer, j'interdis d'emblée
tout ce qui était contraire et nuisible à la communauté.
Ne ménageant ni mes efforts ni mon temps, je fis arrêter
tous ceux qui voient le mal partout, là où il n'y
a qu'amusements inconséquents. Les ennemis de l'harmonie,
de la proportion, de la lumière, les esprits chagrins
qui ne savent pas endiguer leur torrent de moralité. Je
fis diffuser de la musique bourrin dans toutes les rues ce qui
provoque toujours un moment de stupeur hébétée.
Mais sûr de mon bon droit je restai ferme et serein. Bientôt
les habitants s'habitueraient à ramper sur le fil du rasoir
et en réchapper. Que de progrès accomplis en si
peu de temps. Désormais règnait la paix que seul
je pouvais troubler, par quelqu'exécution sommaire.
Après
quelques années de cette belle tranquilité, je
décidai de m'attaquer à la dernière épine
qui me tailladait les pieds : ceux dont l'esprit est lucide,
l'âme malade, le geste immobile. Etais-je de taille à
affronter ces rustres millénaires qui salissent la terre
de leurs pensées? Je tentai de les raisonner en vain.
Le mal profondément ancré ne pouvait être
extirpé que par une incision digne de ce nom. Je décimai
ces malandrins et grisé par la fièvre du combat
je me mis à tout massacrer, jusqu'à ce que je sois
calmé.
Quand
il ne resta plus personne, je me servis une bonne bière.
Un peu bourré je me surpris à philosopher :
La
route est longue et le promneur est fatigué. . . le promneur
est fatigué.